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Les Quinolones & Fluoroquinolones


Articles paru dans FMP Mutualité (Sept/Oct 1999) : 

Par Myriam GOLDMINC

Efficaces dans un premier temps pour traiter les infections urinaires, osseuses, ou respiratoires, les quinolones des antibiotiques de la troisième génération peuvent provoquer des accidents médicamenteux: tendinites et ruptures du tendon d'Achille chez certains patients.

Il y a un an, la publication médicale "Expansion scientifique" publiait un rapport des professeurs Marcel Francis Kahn et Gilles Hayem du service de rhumatologie de l'hôpital Bichât. Ces scientifiques font état d'un millier de cas de tendinites avec ou sans rupture du tendon d'Achille, qui ont été signalés à la pharmacovigilance. Le rapport souligne que cette complication, qui frappe le plus souvent le tendon d'Achille, est liée clairement à la prise de fluoroquinolones.

La présentation clinique de l'atteinte du pied passe par plusieurs stades. Il y a souvent tout d'abord un oedème congestif ou inflammatoire qui fait suspecter une phlébite. Puis s’installe une tendinite douloureuse avec gonflement uni ou bilatéral du tendon. L’évolution peut en rester là si des précautions sont prises. Sinon le tendon peut se rompre tout en restant douloureux. L'ensemble de l'évolution s'étale sur plusieurs semaines, voire sur plusieurs mois avec une impotence certaine. En dehors du tendon d'Achille, l’épaule et les doigts peuvent être atteints. Dans la recherche des facteurs causals, curieusement, le dosage du médicament incriminé ne semble pas intervenir.

Certains cas ont été observés après des traitements dits "minute", utilisant par exemple deux comprimés pour une cystite. Les symptômes peuvent intervenir très tôt, un jour ou deux après la prise de l'antibiotique. En France, cet effet est longtemps resté ignoré de nombreux praticiens, jusqu'à ce qu'il soit mentionné dans la presse médicale de large diffusion et précisé dans le dictionnaire Vidal.

En conclusion. le rapport de l'hôpital Bichât confirme la réalité des complications tendineuses des fluoroquinolones. Cet antibiotique se concentre très fortement dans certains tissus organiques, notamment le cartilage et l'os. Toute constatation initiale d'une réaction doit entraîner la mise au repos de ce tendon. Le port d'une talonnette et l'abstention de tout effort physique sont indiqués pour éviter la rupture.

Les corticoïdes doivent être évités. Nul. enfin, ne peut prédire à l'heure actuelle le devenir à moyen et à long terme de cette complication. ce qui doit rendre très prudent dans une utilisation ultérieure des produits de la même classe. Les recommandations récentes invitent à prévenir les patients, notamment ceux à risque, de l'éventualité des effets indésirables afin de prendre des ,précautions qui s'imposent, car les fluoroquinolones restent, malgré leurs effets indésirables, une classe thérapeutique pour le moment irremplaçable, souligne non sans ambiguïté le rapport d'experts de l'hôpital Bichat.

Le point de vue de l'Agence du médicament

Un phénomène mal explique, reconnaît l'Agence du médicament, Cela dit, tous les antibiotiques ont leurs inconvénients et les quinolones ne seraient pas spécialement plus dangereux que d'autres, Ce serait d'ailleurs une grave erreur de les retirer du marché car ils restent efficaces là où d'autres molécules peuvent échouer pour soigner des infections très graves et parfois mortelles, Il demeure que les médecins doivent être bien informés des bénéfices et des risques de ces medicaments en fonction de chaque cas.

Aide aux victimes des médicaments dangereux

"L’association de défense des victimes des médicaments s'est donnée pour mission de prévenir les consommateurs des dangers de certains médicaments, de leurs effets indésirables non indiqués dans les notices d'utilisation", explique Georges Alexandre Imbert.

Depuis le décès de son fils âgé de vingt-quatre ans, le président de cette association n'a de cesse de dénoncer les dangers liés à la consommation de certains médicaments.

"Nous représentons les utilisateurs auprès des services de pharmacovigilance. afin de nous assurer de leur fonctionnement et de leur intégrité, Parallèlement, nous faisons un travail de sensibilisation vis-à-vis des médecins pour les avertir du danger des drogues légales : tranquillisants, anxiolytiques, coupe-faim... et pour freiner la prescription courante de ces médicaments trop actifs".

Depuis sa création en 1992, l'association, qui compte 750 membres, reçoit quotidiennement de nombreux témoignages liés à ce genre d'accidents qui sont toujours graves ou mortels. Elle recense les accidents et effectue des demandes d'indemnisation des victimes.

Dans certains cas. l'AAA-VAM informe les instituts de recherche afin que des tests soient effectués.

A la fois soutien psychologique et juridique aux victimes d'accidents, elle renseigne sur les démarches à effectuer et communique l'information aux instances compétentes. Si nécessaire, elle instruit les dossiers et peut se porter partie civile.

"Mais les victimes des antibiotiques de la famille des quinolones, comme ceux d'autres médicaments, mettent mal à l'aise les pouvoirs publics, précise Georges-Alexandre Imbert. C'est pourquoi les victimes ne doivent plus se taire: il faut assigner en justice. au pénal, les fabricants de ces médicaments dangereux !

C'est la seule solution à la fois pour se faire indemniser et pour arriver à interdire légalement des produits dangereux.

Bien entendu, c'est un circuit lent, fastidieux et onéreux. mais la situation devrait peut-être changer avec la création envisagée d'un fonds d'indemnisation automatique des victimes d'accidents thérapeutiques".

TNC